Le Kosovo a célébré son premier match international de football

10/03/2014 Journal 0 Comments

Mercredi dernier, le Kosovo jouait son premier match international de football. Et si ce match nul contre Haïti s’est avéré plutôt chiant, son histoire est beaucoup plus intéressante.

Je ne suis pas certain de ce que j’avance – sachant que ça s’est passé il y a presque un siècle et qu’on trouve peu de trucs sur le sujet – mais le premier match de football du Kosovo se serait déroulé en 1919, sur l’initiative d’un étudiant grenoblois. Trois ans plus tard, les deux premiers clubs kosovars – Gjakova et le FC Pristina – ont été fondés, ouvrant ainsi la voie à une dizaine d’autres clubs. Mais la région s’est enlisée dans un bourbier politique, et les matchs opposant toutes ces nouvelles équipes se sont fait plutôt rares.

En 1946, soit une guerre mondiale plus tard, la Fédération de football du Kosovo (FFK) a été établie, en complément de la Fédération de Yougoslavie de football. Tout s’est plutôt bien passé pendant les 40 années suivantes, notamment pour le FC Pristina qui a su se maintenir une place de choix en ligue yougoslave. Trois à quatre autres équipes ont réussi à s’y faire une place à chaque saison, en jouant contre ce qu’on connaît aujourd’hui comme la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Monténégro, la Macédoine et la province autonome de Voïvodine.

Pendant les années 1980, la Yougoslavie a connu de grosses divisions ethniques, et le pays s’est retrouvé dans une situation tourmentée dont il peine encore à se remettre. Comme il était devenu dangereux de jouer au football au Kosovo, le FC Pristina – qui était, à l’époque, la meilleure équipe kosovare – a renoncé à la ligue professionnelle yougoslave en août 1991, afin de protéger ses joueurs et ses employés.

Quelques années plus tôt, Slobodan Milosevic avait été élu président, gouvernant de facto le Monténégro, la province de Voïvodine et le Kosovo. Il a contraint toutes les autres équipes à se retirer de la ligue, et en l’espace d’un jour, le football professionnel a cessé d’exister dans le pays.

Naturellement révoltés par la décision de Milosevic, les fans de football ont décidé de relancer la FFK, désormais indépendante de la Yougoslavie. À l’époque, il se passait pas mal de trucs dans la région : le Kosovo voulait s’affranchir de la Yougoslavie, et les groupes militants des deux régions s’attaquaient en permanence.

En janvier 1998, la police serbe a répondu aux attaques de l’Armée de libération du Kosovo en tuant 16 combattants albanais – 4 policiers serbes ont également péri au cours de ces affrontements. Beaucoup considèrent que cet incident a été l’élément déclencheur de la guerre du Kosovo. Elle s’est terminée en mars 1999, après que les bombardements de l’OTAN en Yougoslavie ont contraint l’assemblée serbe d’accorder l’autonomie politique au Kosovo. À la fin de la guerre, la FFK a été réorganisée, de nouvelles associations ont été fondées et les clubs ont été réintégrés.

Neuf ans plus tard, le Kosovo a déclaré son indépendance, mais son nouveau statut n’était reconnu que par 108 des 193 États membres des Nations unies. À l’époque, le Kosovo ne pouvait donc pas être affilié à la FIFA ou l’UEFA. Finalement, le 13 janvier 2014, la FIFA a accordé au Kosovo la permission de jouer des matchs amicaux contre d’autres membres de la FIFA (à l’exception de tous les anciens pays yougoslaves), à plusieurs conditions : l’interdiction de passer l’hymne national et d’afficher des symboles de l’État – sauf sur les badges des joueurs. Évidemment, la Serbie a réagi en demandant à la FIFA d’éjecter le Kosovo.

Selon les organisateurs, les 17 000 tickets pour le match Kosovo-Haïti sont partis en l’espace de 7 heures. Malheureusement, de nombreux tickets ont fini dans les mains de revendeurs crapuleux, qui ont multiplié leur prix d’origine (entre 3 et 10 euros) par dix. Mais maintenant que le pays est en mesure de concourir à un niveau international, la vente de tickets devrait faire l’objet d’une régulation plus stricte. Et les fans s’en réjouissent d’avance : tous les gens à qui j’ai parlé avaient déjà constitué leur équipe idéale – composée de grands joueurs dont les ancêtres avaient un jour foulé les terres de cette petite niche européenne.


Par Vedat Xhymshiti, pour VICE France